Dans la vitrine

20 juillet 2008
Les petites filles...

Les petites filles...

J’ai beau avoir passé de nombreuses années de ma vie au Venezuela, ce pays ne cessera jamais de m’étonner. Jusqu’où ira-t-il?

Je déambulais hier dans le centre de Mérida, lorsque je fus attiré par un attroupement devant les vitrines d’un magasin de vêtements. Surprise et consternation! Des petites filles -les plus jeunes devaient avoir 4 ou 5 ans- étaient en train de se trémousser devant un public admiratif. Des mannequins vivants revêtus des vêtements et accessoires vendus dans le magasin.

Visiblement, elles aimaient ça. Il a suffi que je dégaine mon appareil photo pour qu’elles prennent des poses quasi professionnelles -faux sourire y compris. De petites miss en puissance.

J’ai déjà écrit un billet sur les concours de beauté pour enfants qui s’organisent ça et là dans le pays. Dans la récente émission Faut pas rêver consacrée au Venezuela, un mini-reportage illustrait également la fièvre qui accompagne les concours de petites miss dans les écoles. Toutefois, même s’ils peuvent être considérés néfastes pour de jeunes enfants, ces concours ont lieu dans des cadres fermés, selon des règles bien établies. Avec les vitrines, on fait un pas de plus : on expose les petites filles aux yeux de tous, sans cadre régulateur. Le quelconque passant devient alors voyeur par le simple fait de déambuler par là. Question : que se passe-t-il dans les têtes des uns (admirateurs) et des autres (admirées) en cet instant de rencontre?

Course folle à la beauté

On pourrait épiloguer sans fin sur le phénomène. Reconnaissons qu’il est avant tout culturel : toute gamine vénézuélienne qui se respecte rêve d’être un jour miss, et pour cause : les médias -la télévision en tête- lui en mettent plein la vue de ces miss qui réussissent, véritables princesses des temps modernes. La pauvreté (mais pas seulement elle) accentue le phénomène : être miss, c’est monter dans l’échelle sociale, c’est avoir une chance de réussite. À la limite, tout cela serait normal si les parents n’en remettaient pas une couche, et une grosse. Fiers de leur progéniture, ils désirent ardemment que leurs enfants deviennent « quelqu’un ». Il suffit que leur gamine de deux ans manifeste une coquetterie spéciale pour qu’elle soit immédiatement poussée à la développer à l’extrême. On en fera une miss! On la maquillera, on la déguisera, on l’accompagnera dans cette course folle à la beauté. Et on n’hésitera pas, le cas échéant, à la placer dans une vitrine! Terrible programme!

Quel mauvais service est ainsi rendu aux enfants, sans le savoir. Quel mal leur est fait, en les dirigeant aveuglément vers les valeurs les plus superflues et les plus superficielles. Et quelle lourde responsabilité assument donc les parents envers leurs enfants, sans qu’ils en soient bien conscients.

Ainsi va la vie, ainsi va l’éthique dans ce Venezuela trop souvent absorbé par le futile, trop sensible aux paillettes, surtout si elles viennent du Nord.

En d’autres lieux, ce sont d’autres types de femmes que l’on rencontre derrière les vitrines. La différence entre les deux n’est peut-être pas aussi grande qu’il n’y paraît.

... et les ados

... et les ados


« Faut pas rêver » au Venezuela

19 juillet 2008
Famille warao dans le delta de l'Orénoque

Famille warao dans le delta de l'Orénoque

L’émission Faut pas rêver de cette semaine est totalement consacrée au Venezuela. Voilà une bonne façon de voyager pour pas cher et de découvrir les multiples facettes du pays, à travers une série de mini-reportages réalisés aux quatre coins du Venezuela. Les réalisateurs présentent ainsi leur émission :

On dit du Venezuela que c’est une Amérique du Sud en réduction ! Forêts amazoniennes, grandes plaines, plages paradisiaques et sommets andins en composent les paysages. En le sillonnant pour en découvrir l’extraordinaire diversité, Faut pas rêver s’est intéressé au mode de vie des populations, dont le métissage résulte des différentes vagues de colonisation ayant marqué l’histoire de ce pays aujourd’hui en pleine mutation, politique et économique.
Des témoignages touchants et émouvants à travers des reportages d’une grande diversité, parmi lesquels : ces indiens Waraos du delta de l’Orénoque qui connaissent le pétrole depuis toujours, mais aussi ces femmes des quartiers les plus déshérités de Caracas qui retrouvent leur dignité grâce au microcrédit, ou encore ces jeunes enfants qui ne connaissent que la violence et la misère et à qui on inculque des valeurs positives grâce à la musique ! Ce sont aussi des rencontres attachantes et parfois drôles, entre Laurent Bignolas et une Miss Venezuela ou en compagnie d’un poète, amoureux de sa terre natale !

Si vous êtes en France, je suis désolé d’arriver trop tard, mais l’émission est passée hier vendredi 18 juillet à 20h50 sur France 3! Si vous êtes en Amérique latine, vous pourrez la voir demain dimanche 20 juillet en cours d’après-midi sur TV5 (à 18h en Argentine, à 17h au Chili, à 16h30 au Venezuela, à 16h en Colombie, au Pérou, en Équateur, au Mexique et en Amérique centrale -vérifiez les heures). Si vous êtes ailleurs, soyez vigilants, TV5monde pourrait diffuser l’émission dans les prochains jours.

De toutes façons, si vous la ratez, vous pouvez toujours consulter la page de l’émission sur France 3, où vous pourrez visionner les divers reportages réalisés.


Guerre des blogues à Margarita

17 juillet 2008
L'original de Laurent

L'original de Laurent

Le pastiche de X

Le pastiche de X

Voyez ce que dit Laurent El Margariteño de Miss Univers 2008 (encore elle, décidément venezueLATINA ne pense qu’à ça…). Voyez maintenant ce que dit X de Miss Univers 2008.

Étonnant, non?

Voyez ensuite ce que dit Laurent de l’obtention d’un permis de conduire au Venezuela. Et voyez ce que dit X de l’obtention d’un permis de conduire au Venezuela.

Voyez enfin ce que dit Laurent de l’achat d’un bien immobilier à Margarita. Puis ce que dit X de l’achat d’un bien immobilier à Margarita.

Toujours aussi étonnant.

De deux choses l’une : ou bien Laurent a un sérieux ennemi à Margarita, un courageux anonyme qui n’hésite pas à le traiter de zozo de Margarita et pastiche son site sans la moindre pitié. Ou bien Laurent lui-même se démultiplie sur deux blogues et se pastiche lui-même, tel un alter ego qui se défoule et n’hésite pas à s’autodétruire.

Le dédoublement de personnalité serait l’hypothèse la plus amusante, mais je crois plutôt à la première possibilité. C’est bel et bien une guerre des blogues qui se déroule à Margarita, devant nos yeux ébahis!

Et pour ce qui est du fond, vous avez maintenant le choix :

Vous jugerez.


Suivre les courbes

14 juillet 2008
Dayana Mendoza

Dayana Mendoza

Voilà. On en a une de plus. C’est la cinquième, me dit-on. La cinquième Miss Univers vénézuélienne. La jolie s’appelle cette fois Dayana Mendoza. Dayana comme la princesse Diana, prononcé à l’anglaise, écrit à l’espagnole.

Dire que l’on croyait que l’industrie de la beauté féminine se trouvait en chute libre au Venezuela! Depuis que ces merveilleux concours existent, le Venezuela avait produit rien de moins que cinq Miss Monde et cinq Miss Univers -pas mal pour un pays qui n’était connu que pour son pétrole, et encore… Mais la dernière victoire remontait à 1996, lorsqu’Alicia Machado remporta le Miss Univers. Autant dire que ces douze longues et interminables années furent une véritable traversée du désert. De quoi désespérer tout un peuple!

La victoire de Dayana Mendoza tombe donc à point nommé. Certaines mauvaises langues commençaient à jeter la pierre sur le chavisme. À cause de son (mauvais) goût pour l’égalitarisme et de sa pratique du nivellement par le bas, celui-ci aurait en quelque sorte enlaidi les filles! Rien de tout cela : Dayana vient nous dire qu’elles sont plus belles, plus gaillardes et plus provocantes que jamais. Ouf! Chávez est sauf. Ira-t-il jusqu’à recevoir mademoiselle Mendoza dans son palais de Miraflores? Je suis sûr qu’il ne dirait pas non.

Que dire de Dayana Mendoza? Qu’elle a sa page (déjà mise à jour) dans Wikipedia. Qu’elle fut mannequin pour l’agence Elite et a défilé pour Versace et Roberto Cavalli. Qu’elle fut victime en 2007 d’un enlèvement, expérience bien vénézuélienne qui lui a permis, dit-elle, de garder tout son calme face au jury de Miss Univers! Qu’elle n’hésite pas à philosopher en affirmant que « les hommes pensent que la manière la plus rapide d’aller à un point est d’y aller tout droit. Les femmes savent que la manière la plus rapide d’aller à un point est de suivre les courbes ».

Soyons donc femmes et suivons les courbes. La photo ci-dessus nous y aidera.


Framtho Salager : espaces, couleurs, lignes, lumières

13 juillet 2008
Le chat, par Framtho Salager

Le chat, par Framtho Salager

Pourquoi y a-t-il des peintres de talent qui ne rencontrent jamais le succès de leur vivant, et d’autres, plutôt quelconques, qui sont adulés des foules et deviennent de véritables superstars? Pourquoi certains (la plupart) sont-ils contraints d’occuper de petits boulots pour survivre tant bien que mal au milieu de mille difficultés, tandis que d’autres (quelques-uns) parviennent à vendre leur production à des prix exorbitants? Pourquoi y a-t-il d’un côté des Van Gogh et de l’autre des Warhol?

Est-ce le hasard, la chance, le piston, la mode, le marché? Je me pose toujours ces questions (sans pouvoir y répondre) lorsque je suis pris d’émotion devant une œuvre d’un jeune artiste qui débute sa carrière, qui a son avenir devant lui. Sera-t-il appelé à vivre comme un Van Gogh ou comme un Warhol?

C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque, il y a de cela plusieurs années, j’ai suivi les premiers pas de Framtho Salager, à cette époque encore étudiant à l’école des arts de l’université. J’étais alors responsable de la Galerie L’imaginaire de l’Alliance française de Mérida, au Venezuela. Touché par la personnalité complexe mais entière de Framtho, dont l’extrême fragilité affleurait dans ses peintures, j’ai voulu lui donner sa chance. Nous avons monté ce qui fut sa première exposition individuelle, joliment intitulée Nostalgia del pasado mañana [Nostalgie du passé demain].

Appeler un chat un chat

Depuis lors, j’ai toujours suivi Framtho, de près et de loin. Nous sommes devenus amis. Chaque fois qu’il se trouvait dans une impasse financière (ce n’était pas rare), il venait me trouver, l’une ou l’autre œuvre sous le bras. Je le dépannais. Timide, il m’offrait un dessin ou une peinture. Je lui ai aussi acheté quelques toiles, constituant ainsi peu à peu une collection de ses œuvres.

Framtho m’a toujours étonné par sa fraîcheur, son authenticité, son innocence, sa rudesse parfois. Comme sur la toile représentée ci-dessus, il appelle un chat un chat. Il s’empare de l’espace, le fait totalement sien, le triture de ses lignes osées, de ses couleurs franches, de ses lumières infinies.

Rodolfo Quintero-Noguera l’écrit mieux que moi :

Même si Framtho Salager s’inscrit dans les courants les plus avant-gardistes de l’art moderne, il sait -avec talent- conserver ses distances par rapport aux expériences exacerbées, souvent dégénératives, de l’art actuel, il sait s’éloigner de certaine banalité conceptuelle, éclectique et élémentaire qui n’implique ni innovation ni originalité dignes d’être retenues. Sa proposition artistique adhère à l’essence des choses, aux formulations stylistiques les plus vigoureuses, aux postulats inamovibles et impérissables de la peinture et de l’art en général. L’influence non dissimulée du cubisme (plus proche de Gris que de Picasso), le méthodique langage conceptuel du surréalisme, le regard profond de la contemplation mystique, le recours à la calligraphie et le métalangage de la couleur font de ses œuvres des compositions festives et universelles, éminentes et suprêmes, aux résultats toujours appréciables. Framtho nous offre une médiation entre le figuratif et l’abstrait, entre l’objet et l’esprit, entre la perception du réel et ses Métaphores visuelles.

De trop beaux mots? Voyez plutôt cette vidéo sur le travail de Framtho. Elle vous en dira plus que mille belles phrases. C’est la voix de Framtho que vous entendrez.


Autosatisfaction béate

4 juillet 2008
La Culebra, œuvre de José Márquez

La Culebra, œuvre de José Márquez

venezueLATINA vient de franchir la barre des 50.000 visites! Il n’est pas dans mes habitudes de faire dans l’autosatisfaction béate et de m’apesantir sur les dessous de ce blogue. Toutefois –une fois n’est pas coutume– j’irai de quelques réflexions et analyses sur la face cachée de venezueLATINA.

Lors de la création du blogue en janvier 2007, je m’étais dit qu’avec vingt lecteurs par jour en moyenne, l’effort en valait la peine. Plutôt modeste, comme vous voyez. J’ai maintenant dix fois plus de visiteurs par jour. Bon, je ne me fais pas trop d’illusions : de ces 200 visiteurs, combien sont intéressés, combien sont intéressants?

Un petit coup d’œil sur les statistiques du blogue donnent quelques réponses. Voyons d’abord le hit parade des pages les plus lues (ou les plus vues) :

Cela donne tout de suite une petite idée de ce qui intéresse mes chers lecteurs. Pour confirmer, voyons les mots-clés les plus souvent introduits ayant mené à venezueLATINA :

  • seins (1011)
  • courir (622)
  • belles filles (580)
  • déforestation (497)
  • seins siliconés (395)
  • gros seins (313)
  • deforestation (290)
  • belles femmes (279)
  • sur la plage (273)
  • les plus belles femmes du monde (260)
  • beaux seins (223)
  • seins silicone (212)
  • a la plage (197)
  • sein silicone (189)
  • des seins (170)
  • bulldozer (159)

Ne nous voilons pas la face : ce qui passionne mes visiteurs et petits curieux, ce sont les filles et le cul (ou plus exactement les seins). Faut pas être Freud pour le savoir, le sexe a été, est et sera le moteur essentiel de l’activité humaine. venezueLATINA le confirme!

Cela remet les choses en place : de mes 200 lecteurs quotidiens, la moitié viennent pour les nichons, pour la promesse d’en voir de beaux ou d’en voir de gros (les pauvres, à part l’une ou l’autre photo bien innocente, ils seront déçus). Si j’élimine en plus ceux qui viennent pour courir (gros mystère cette deuxième position de courir : j’ai essayé mille fois d’inscrire le mot dans tous les moteurs de recherche, je ne tombe jamais sur venezueLATINA!) et pour bulldozer (oui, j’ai écrit un billet là-dessus), il ne reste plus grand monde…

Je remercie donc les quelques-uns (si vous êtes arrivés jusqu’ici, vous en êtes, j’en suis sûr!) parmi les 50.000 visiteurs qui s’intéressent tout simplement au… Venezuela.


Lénine, Staline, Kennedy, Nixon et les autres

29 juin 2008
Lénine et Staline à Gorki en 1922Lénine et Staline à Gorki en 1922

Lenin Rodríguez.

Stalin Pérez.

Kennedy Fernández.

Nixon González.

Voilà des noms que vous pourriez rencontrer au Venezuela. Et bien d’autres encore, inspirés de personnages qui ont frappé l’imaginaire des foules – ou plutôt l’imaginaire des parents au moment de la naissance de leur enfant. Ces noms d’importation, qui servent ici de prénoms, sont le plus souvent russes ou nord-américains, car entre 1945 et 1990 la guerre froide est passée par là et a marqué les esprits. On aura donc des Lenin, des Stalin, des Roosevelt (plus souvent écrit Rosvelt), des Kennedy, des Nixon, des Mao, des Brejnev, peut-être même des Hitler, qui sait?

Il m’est arrivé un jour une histoire très cocasse à ce sujet. Je venais d’arriver au Venezuela depuis quelques jours lorsqu’on m’a présenté un monsieur derrière son bureau en me disant : « Je te présente Andrei Gromiko ». Gros éclat de rire de ma part! Pour moi, Andrei Gromyko ne pouvait être que le monsieur qui fut ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique pendant de nombreuses années. J’ai pourtant dû me rendre à l’évidence : la personne devant moi avait bien pour prénom Andrei Gromiko. Andrei Gromiko (c’est le prénom) Urdaneta (c’est le nom de famille), professeur de droit, est devenu depuis lors doyen de la faculté. À peine remis de mon fou-rire, j’ai dû, tout confus, lui présenter mes excuses…

Perpétuer les convictions

Qu’est-ce qui pousse les parents à donner des prénoms de ce genre à leurs enfants? Sans doute un certain désir d’identification idéologique. Les parents communistes voudront appeler leur enfant du nom des grands leaders révolutionnaires, dans l’espoir peut-être de voir se perpétuer leurs convictions. Le but n’est pas nécessairement atteint : ainsi, l’un des dirigeants étudiants antichavistes les plus acharnés, leader du mouvement étudiant d’opposition de l’année dernière, s’appelle Stalin González! Les parents d’un autre leader étudiant, Nixon Moreno, lui aussi farouche antichaviste, auront eu plus de chance avec leur progéniture : il est resté dans une voie résolument anticommuniste, tel le vrai Nixon!

Cela dit, l’explication politique ne suffit pas à rendre compte du phénomène du prénommage des enfants au Venezuela. Au-delà des noms de personnages connus, le choix de prénoms étrangers est fréquent. On rencontre des Elvis, des Jhonny ou des Yoni (écrits de cette manière), des Sheila, des Kevin, des Frank, des Richard… L’usage de ces prénoms « exotiques » est sans aucun doute un indice du degré d’aliénation de beaucoup de Vénézuéliens par la culture de masse nord-américaine, principalement sous l’effet de la toute-puissante télévision. De tels prénoms sont aussi, pour les parents, consciemment ou inconsciemment, espoir de mieux-être (à la nord-américaine) pour leur descendance. Un nom anglo-saxon comme gage de bonheur, en quelque sorte…

Inventés de toutes pièces

La question du choix des prénoms au Venezuela ne s’arrête pas là. Il nous faut maintenant aborder l’immense chantier des prénoms inventés de toutes pièces, une spécialité à proprement parler vénézuélienne. Pour créer ainsi un prénom, il existe deux méthodes principales :

  • la combination du prénom des deux parents : Nelson et Marta nommeront leur fille Nelmar; Fernando et Carolina appelleront leur rejeton Fercar, etc. Si Fercar et Nelmar se marient et ont un enfant à leur tour, ce dernier pourrait s’appeler Fernel, etc.
  • l’écriture d’un prénom connu à l’envers, dans une sorte de version locale de verlan : Hector devient Rotceh; Esteban devient Nabetse; Teresa devient Aseret, etc.

Roberto Echeto, journaliste vénézuélien –et blogueur de surcroît– a consacré un article aux prénoms des Vénézuéliens. Au cours de sa recherche, il a recensé une liste de prénoms dont beaucoup sont probablement uniques au monde. Je ne résiste pas à vous la communiquer en bloc :

Kerbis, Yojanson, Yudelkis, Yon, Yefry, Yeferson, Yormis, Torkill, Danitza, Yurly, Chirly, Deivis, Brayan, Kely, Tiundy, Tísuby, Tiamy, Yeny, Sobeida, Marsobeida, Yubimar, Yurimar, Yurima, Yurubí, Dorkis, Gladiuska, Yaritza, Karitza, Ylallalic, Yeniber, Diomira, Yoniray, Maryuli, Rodwig, Kepler, Rostin, Lipso, Yurmuari, Norka, Yuruani, Yamarlef, Aleuzenev, Jubino, Davirsia, Levy, Hercilia, Yomira, Yudimel, Wilkinson, Yanis, Yancarlo, Owinch, Yuraima, Mairim, Nelmar, Kleiber, Yubirí, Albiera, Besaida, Maickel, Damelys, Osmar, Daivi, Usnavy, Angely, Solmaira, Miraidis, Yesenia, Yuraima, Yurimia, Yaletzi, Yalisbet, Yaifré, Yoraidí, Yeniber, Yornaichel, Norkis, Franmer, Merfrán, Danixe, Dixon, Yoelbis, Petrasmit, Olmelibey, Armaribely, Rafbet, Rosaherbalaif, Dardha, Isbery, Anglory, Yorbelys, Leidy, Milka, Doreidis, Miradis, Migdalia, Migdalis, Dilsia, Diogne, Diognis, Amorfiel, Diosdado, Jiovana, Eileen, Danibel, Jennisse, Yibisenia, Sensitymoon, Yondry, Raidys, Betsy, Betsymar, Ginesca, Yenise, Amarilis, Yolimar, Denison, Etanislao, Esfreis, Vianney, Lelis, Ismaru, Yenmil, Coraima, Yorman, Dilsia, Yorbelis, Edecio, Ewin, Yanara, Keiyur, Danivell, Keliana, Gretty, Lasmey, Freilly, Erwin, Rosimar, Yenisy, Havey, Vigneys, Kismeth, Gilmer, Osnan, Janlú, Aimara, Nidesca, Yovany, Yoconda, Claid, Dilexa, Kechena, Wianmal, Aroska, Mayra, Tibayre, Coraima, Aiskel, Damaris, Yumaris, Dakmar, Fanely, Iraima, Ariuxi, Maloha, Yajaira, Dorángel, Darwis, Amarilis, Rosmely, Yumber, Norka, Zenaida, Grisel, Lenelina, Carmely, Enderson, Osly, Yolimar, Yulimar, Zulay, Isnardo, Johanson, Yamelis, Indira, Nadesca, Ismelis, Catriel, Yalisbeth, Dubraska, Desireth, Magly, Damaris, Gianine, Dalix, Wuilbert, Yoshkar, Solaine, Jean Frank, Norelys, Aneldo, Rixio, Agnelys, Dalmiro, Yorelys, Lobenis, Keindel, Derbys, Maxiel, Aliera, Williams, Georguel, Hilwilm, Mereanyela, Siuris, Esnilda, Nélida, Elisio, Yudlisbeth, Magaly, Yngrid, Mawel, Rexaimiyori, Willderman, Doreisa, Melody, Nadelys, Veruzka, Jarol, Jakson, Wester, Walfred, Yenniter, Hayram, Stuart, Nabetse, Susej, Yutsitibilisay, Malilis, Marlin, Yesaidu, Osnaiker, Yoneiker, Rotny, Ariani, Joffre, Juan Jondre, Vielman, Anyeli, Everlide, Dinalba, Yóger, Yerly, Yunior, Magalis, Mirosmar, Lilianes, Enelda, Yolimar, Caribay, Zuleimy, Lennar, Geronis, Nuris, Naileth, Wilfred, Duncan, Erylin, Roselyn, Mayarleth, Wilmer, Maikol, Yan Karll, Dayana, Leido, Githanjaly, Netsemany, Yaemmy, Nereydys, Neldo, Eglida, Javiera, Marlenys, Yisel, Mayerling, Maryele, Lysber, Sheila, Georgelis, Arielis, Cheissy, Neimar, Grisaida, Franchesca, Kerallys, Yesenia, Lilibeth, Leobel, Yirly, Deivy, Vivenciolo , Elder, Jerimar, Kenry, Nelsaida, Yormari, Auralin, Yamilet, Elixy, Seiberling, Everfit, Marevi, Esmérida, Zaida, Willésika, Imalay, Euridys, Yedoska, Yogualsi, Yexana, Gemsimys, Haynhect, Yasterliski, Levis, Eukenedy, Nehymalit, Chelsy, Zugehidi, Zugendy, Single, Yorelis, Yorbelis, Jorbis, Yordanik, Solsirec, Miriela, Sorensorina, Greysa, Miriana, Udemixon, Noraisola, Harinton, Icieli, Yraimisg, Royr, Silkys, Nonoska, Yasmildy, Lodval, Nandú, Uni García, Líxido, Analtilo, Ayessa, Bernily, Yinling Rodríguez, Maiker, Marnie, Vicsay, Laiolkis, Hecsaidy, Yaruby, Zunell, Ayerín, Fresa, Urimare, Laudy, Winibey, Ever Nieto, Siempre Mora, Eiker, Braian, Tailor, Kenyerlin, Jean Kenedy, Kerry, Schmeider Graterol, Kervin, Richarly, Cleyder, Remiyarmery, Yunis, Edgembert, Haysamar, Osleandry, Zousire, Waryolis, Glingni, Greity, Windym, Keileen, Shonatan, Enwil, Greissy, Jahynsel, Yuquency, Kleister, Yonexis, Derwin, Johefrank, Deiby, Shaydemar, Jenfer, Juisfreira, Leudis, Yorley, Yurkleym, Jeckson

Faites l’effort de les lire : à côté de prénoms véritablement autochtones, qui n’ont pas leur place ici (Caribay, Zulay,…), on y trouve quelques perles, comme Amorfiel (« Amour fidèle » en espagnol), Sensitymoon, Jean Kenedy, ou encore ces transcriptions libres de prénoms étrangers (Braian pour Brian, Dayana pour Diana, Janlú pour Jean-Luc, Yancarlo pour Giancarlo, Maikol pour Michael, etc.).

Quant aux porteurs de ces prénoms eux-mêmes, ils les aiment ou ils les détestent. Certains apprécient ce qui les distingue absolument du reste du monde. D’autres au contraire préfèreraient se fondre parmi les communs des mortels et s’appeler Pedro, José, Isabel ou Carolina.

Le sceau de la chrétienté

Un dernier mot. C’est dans les classes populaires que le phénomène du prénom politique, du prénom étranger ou du prénom inventé est le plus courant. Les grandes familles, quant à elles, préfèrent de loin les prénoms traditionnels, frappés du sceau de la chrétienté. D’où, toujours, une certaine condescendance -voire une certaine discrimination– à l’encontre des porteurs de prénoms rares ou originaux. Les commentaires faits à l’article de Roberto Echeto en font foi : les bien-pensants, y compris l’auteur lui-même, qualifient ces prénoms d’horribles ou de ridicules et ne se privent pas de le dire du haut de leur beau prénom chrétien.

Figurez-vous par ailleurs que beaucoup de chavistes (y compris plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement) portent de tels prénoms… Vous comprendrez où tout cela peut mener. Comme quoi le port d’un prénom n’est décidément pas neutre dans ce pays profondément divisé par une lutte des classes qui n’ose pas dire son nom.

Richard Nixon et John Kennedy pendant un débat télévisé (1960)